Mise à jour : Suite à la publication de ce communiqué, la « Deutschen Burschenschaft » a vu ses réservations annullées et le congrès a du être déplacé à la dernière minute.

Du 8 au 9 novembre, l’organisation faîtière d’extrême-droite des corporations étudiants allemands et autrichiens, la Deutsche Burschenschaft, veut tenir son congrès en France, non loin de la ville de Colmar. Lors du 81ème jour anniversaire des pogromes antisémites du 9 novembre 1938, les corpos nationalistes rêvant d’une « Grande Allemagne » se réunissent donc, comme par hasard en Alsace, sous le titre « Pérennité du peuple allemand dans une société multiculturelle majoritaire ». Le congrès devrait se dérouler en grande partie à Husseren-les-Châteaux. Au programme sont prévus, en plus de conférences et d’une table ronde, une visite de la ville de Colmar, une beuverie au château du Hohlandsbourg et une réunion interne du « Verbandsrat », l’instance décisionnelle de la Deutsche Burschenschaft, dans une ferme viticole. Mais pourquoi tout cela se déroule en France ? Outre l’absence de célébrité de la Deutsche Burschenschaft en France et donc moins de résistance par rapport à sa présence, une dimension idéologique devrait avoir son importance : Ce congrès est une démonstration de force nationaliste allemande en France.

Qu’ont prévu les corpos ?

Avant le début du congrès auquel toutes les corporations membres de la Deutsche Burschenschaft sont invitées, a lieu à 18h30 une réunion interne du comité exécutif, le « Verbandsrat », de la DB. Le congrès débute le 8 novembre à 19 heures avec une soirée d’accueil à la ferme viticole Schueller sur la Route du Vin à Husseren-les-Châteaux près de Colmar, hameau nommé en conséquence par les corpos « Häusern ». Le 9 novembre débute la séance plénière à 8h30 dans la salle polyvalente de Husseren-les-Châteaux. Une visite guidée de Colmar doit ensuite être proposée à partir de 14 heures. Concernant la soirée, les corpos prévoient une visite du château du Hohlandsbourg situé à proximité, où ils ont reservé leur dîner à 19 heures et veulent tenir leur « Festkommers » (NdT : beuverie ritualisée) à partir de 20h15. Pour cela, la brasserie du Hohlandsbourg a été louée.

Qui sont les intervenants ?

Trois membres du parti d’extrême-droite Alternative für Deutschland sont prévus comme intervenants lors de ce congrès : Dimitrios Kisoudis, Dubravko Mandic et Jens Lange.

Dimitrios Kisoudis

Dimitrios Kisoudis, né le 21 avril 1981, a étudié à Freiburg, vit désormais à Öhringen et a rejoint l’AfD en 2015. Il publie dans des maisons d’édition et des magazines d’extrême-droite divers, a été ensuite l’assistant personnel de Marcus Pretzell, membre de l’AfD au Parlement Européen et travaille depuis 2017 en tant qu’assistant personnel pour le député de l’AfD Martin Hess au parlement national allemand. Kisoudis devrait lors du congrès intervenir sur le thème « État et peuple dans le cours du temps ». Dans l’intitulé de son intervention, il se plaint de la perte de la « nation » dûe à la migration :

« La nation est le peuple formé politiquement, dans celle-ci le peuple et l’État ne font qu’un. Cependant, la migration remet en cause la nation. L’homogénéité du peuple souverain se perd, le communautarisme revient en force, l’État s’éloigne des citoyens. Comment le peuple peut-il réagir entre deux époques et un État encore fontionner ? »

Kisoudis ambitionne un état clérical autoritaire qu’il nomme « État de l’ordre ».

Dubravko Mandic

Dubravko Mandic est un corpo d’extrême-droite, qui a été rejeté par sa propre corporation suite à des querelles de pouvoir Saxo-Silesia Freiburg, mais qui a pu se réhabiliter récemment. Sous sa régie a été créée l’alternative jeune (NdT : Junge Alternative), organisation de jeunesse de l’AfD et la fête pour cette fondation s’est déroulée dans la maison Saxo-Silesia sur le Lorettoberg fribourgeois. Mandic est connu partout en Allemagne, non seulement pour son incitation à la haine typique de l’extrême-droite, mais aussi pour ses délits commis à l’encontre de journalistes et d’adversaires politiques. En mai 2019, il a été élu pour l’AfD dans le conseil municipal de Freiburg. Avant cela, il était président du tribunal arbitral fédéral de la Junge Alternative, membre du tribunal arbitral de l’AfD de Baden-Württemberg et candidat recalé au parlement national allemand pour la circonscription de Tübingen. Ses « frères de corporation » actifs de la Saxo-Silesia lui donnent un podium lors du congrès en tant qu’intervenant pour propager sa vision nationaliste de la société. Mandic devrait intervenir sur « La Genèse ethnique des Serbes, des Croates et des Bosniaques sous le joug de la domination turque » et ainsi invoquer la peur d’une prétendue « islamisation » :

« Michel Houellebecq a esquissé dans le best-seller « Unterwerfung » (« Soumission ») un scénario réaliste d’une potentielle prise de pouvoir islamique en France. Jean Raspail racontait déjà en 1973 dans son livre « Das Heerlager der Heiligen » (« Le Camp des Saints ») comment une société libérale occidentale avec l’ensemble de ses protagonistes majeurs se comporterait face à une immigration soudaine de plusieurs millions de personnes du tiers-monde. Il a ainsi présenté une orientation pour l’ouverture des frontières en septembre 2015. Monsieur Sieferle a traité dans son oeuvre posthume, la potentielle transformation des sociétés occidentales jusqu’à une retribalisation (procès d’une transformation vers le tribalisme). Au regard de multiples scénarios possibles, qui contiennent tous l’acceptation d’une islamisation, il vaut la peine de porter un regard sur l’acquisition de terrain dans les Balkans au XIVième siècle et dans les siècles suivants la domination ottomane.

Jens Lange

Jens Lange alias « Johann Felix Baldig » est en charge de la troisième intervention intitulée « La réserve comme degré de déclin constitutionnel – Sur l’avenir de la responsabilité allemande ». Les corpos peuvent déjà se préparer à une oraison confusioniste remplie de pathétisme :

(NdT : blabla intraduisible)
„Segregation, Tribalisierung, Zonierung mit der Maßgabe des Besser-Nicht-Betreten-Sollens, Raumbeobachtung, Raumneuordnung, Raumneuausverhandlung, endlich Wolfserwartung, ob in der Menschenbiosphäre, ob in der reinen, totalen Biosphäre der maximalen Verwilderung und Austreibung von Technik und Aufklärung – das Reservat wird zum Schrittmacher konstitutionellen Verfalls und zugleich zum Maß einer fortschreitenden Derogation des Grundgesetzes. ‚Wie wollen wir künftig leben ?‘ fragen die diversen staatlichen Kommissionen unter der drohlichen Überschrift ‚gleichwertige Lebensverhältnisse‘. Aus verfassungstheoretischer Sicht stellt sich dagegen die neue Frage : Wird das Prinzip praktischer Konkordanz von einer befrieden sollenden Aushandelungsinstanz ersetzt, die immer öfter Freiheits- und Deutschengrundrechte allein im Reservat, im eng abgezirkelten Gefilde zuzulassen die Kraft findet ?“

Jens Lange vient de Questenberg dans le sud du Harz, est né le 30 décembre 1974 et a rejoint l’AfD en 2016. Lange publie sous son peudonyme dans des magazines d’extrême-droite comme « Compact » et « Tumult ». Il travaille depuis 2017 pour la fraction de l’AfD au parlement national allemand et pour le député du même parlement Frank Pasemann. Lange a posé sa candidature en novembre 2016 comme suppléant pour le « Flügel » (NdT : une alliance interne au parti de l’AfD regroupant ses membres les plus à l’extrême-droite) et en mai 2019 pour le conseil de communauté des communes de Mansfeld-Südharz, pour le conseil municipal de Südharz et le conseil du village de Questenberg. Il est actif dans le milieu du groupuscule d’artistes paiens « Orphischer Kreis », d’inspiration néonazie.

Qu’est-ce que la Deutsche Burschenschaft ?

La Deutsche Burschenschaft est une organisation faîtière de corporations étudiantes nationalistes d’Allemagne et d’Autriche. Si la Deutsche Burschenschaft en Autriche représente depuis des décennies le réservoir de fonctionnaires du Freiheitlichen Partei Österreichs (NdT : FPÖ, parti d’extrême-droite autrichien), elle a trouvé en Allemagne seulement depuis 2015 une famille politique dans la désormais radicalisée Alternative für Deutschland (AfD). Entre 2011 et 2015, la majorité des corporations membres moins désireuses de porter le message nationaliste publiquement a quitté la Deutsche Burschenschaft. Environ la moitié des corporations sont restées après la dispute sur la ligne politique à adopter, un noyau dur de 67 corporations étudiantes d’extrême-droite avec en totalité quelques milliers de membres.

L’instance la plus haute de la Deutsche Burschenschaft est le « Burschentag » se dérouland à Eisenach chaque année après la Pentecôte. A cette occasion, une corporation membre de la DB est élue comme corporation présidente pour une année civile. Depuis début 2019, la corporation fribourgeoise Saxo-Silesia préside la DB. En janvier 2020, elle sera relayée par la corporation Tuiskonia Karlsruhe, choisie en mai 2019. La corporation fribourgeoise Saxo-Silesia est donc responsable pour l’organisation du congrès en Alsace. Comme pour les corporations elles-même, le présidium est constitué d’un porte-parole et d’un suppléant. L’« équipe » du présidium de la Saxo-Silesia inclut le porte-parole Falk van der Helm (DBx), le premier suppléant du porte-parole Marco Erat (DBxx) et le second suppléant du porte-parole Rudolf Gut (DBxxx).

Qu’est-ce que le « Verbandsrat » ?

Pendant l’année civile en cours, les affaires de la Deutsche Burschenschaft sont menées par la corporation présidente et le soi-disant « Verbandsrat ». Ce comité est constitué de membres habilités à voter : le porte-parole de la corporation présidente, un représentant de la corporation présidente de l’année dernière, deux « Verbandsobmänner » élus lors du « Burschentag » ainsi que leurs deux suppléants. Quelques membres supplémentaires peuvent participer, avec un droit de vote, de parole et de regard restreints, aux réunions. Au total, une douzaine de corpos sont la plupart du temps présents. Plusieurs réunions du « Verbandsrat » ont lieu chaque année et une des séances se déroule pendant le congrès annuel pour des raisons logistiques. Celle-ci commence en règle générale avant la soirée d’accueil du congrès, elle devrait donc se dérouler également à la ferme viticole artisanale Schueller à Husseren-les-Châteaux.

Les membres du « Verbandsrat » en 2019

A part Falk van der Helm, Marco Erat et Rudolf Gut de la corporation présidente Saxo-Silesia, Jakob Scheffel appartient également en tant que représentant de la corporation présidente de l’année dernière, la corporation munichoise Alemannia, au « Verbandsrat » pour l’année civile 2019. Le « Verbandsobmann » actuel en charge de la politique universitaire et générale s’appelle Christopher von Mengersen de la corporation viennoise Teutonia et de la corporation silésienne Alten Breslauer Burschenschaft der Raczeks zu Bonn. Le « Verbandsobmann en charge de l’escrime estudiantine, du recrutement et du sport » s’appelle Mattis Mayer de la corporation Germania Halle zu Mainz. Les suppléants au « Verbandsrat » sont Wilhelm Haase de la corporation fribourgeoise Saxo-Silesia ainsi que John Fritz Hoewer de la Kölner Burschenschaft Germania et de la Burschenschaft Germania Magdeburg. Un dernier suppléant s’appelle Daniel Malsam de la Braunschweiger Burschenschaft Thuringia.

Qu’est-ce que le congrès ?

En règle générale, la Deutsche Burschenschaft organise une fois par an un événement pour renforcer sa cohésion interne, un congrès durant lequel les corporations membres se retrouvent pour des conférences, un programme culturel et une beuverie commune. Ce congrès est un rendez-vous obligatoire pour toutes les corporations membres : Une absence coûte de l’argent. Son organisation est assurée par la corporation présidente, et donc, prend souvent place dans la ville de la corporation présidente. Cependant en 2018, la ville de Prague avait été choisie, comme l’Alsace en 2019 ceci est un acte hautement politique. En 2017, la fête du Wartburg à Eisenach avait été proclamée comme congrès et en 2016 celui-ci avait eu lieu à Schärding en Autriche. Les congrès à Jena en 2015 et à Dresde en 2014 se sont déroulés de manière moins spectaculaire que celui de 2013 à Innsbruch, où la Deutsche Burschenschaft a rencontré de la résistance, des contre-manifestations et l’annulation de la location du hall des expositions.

Alsace : « Ça doit être l’Allemagne entière » (« Das ganze Deutschland soll es sein »)

La Deutsche Burschenschaft se présente toujours comme consciente des traditions et écrit l’histoire des corporations comme une histoire continue. L’Alsace-Lorraine joue dans cette narration historique un rôle important. En revanche, les crimes commis pendant l’occupation de l’Alsace après le 15 juin 1940 ou même la participation de corpos au nationalsocialisme sont passés sous silence.

Néanmoins, il y a un hommage détaillé à Johann Georg August Wirth sur la page web de la Deutsche Burschenschaft. Du point de vue des corpos, il était lors de la fête au Wartburg en 1832 « le seul orateur » ayant apporté « des propositions concrètes » : « En même temps, il mettait en garde envers ’l’aide de la France’, qui n’aurait de prix rien de moins que la frontière du Rhin, ce qui, en plus de la demande du retour de l’Alsace-Lorraine, blessait les Français présents au plus haut point. »

En 2017, la Deutsche Burschenschaft fêtait ses 200 ans pendant la fête au Wartburg à Eisenach. Dans le programme distribués par les corpos se trouvent aussi les textes des chants, qui devaient être entonnés à cette occasion. Dans le diaporama de la Deutsche Burschenschaft pour son 200ème anniversaire, un corpo membre à part entière prend la parole : « Chanter ensemble, être ensemble et vivre quelque chose ensemble, que l’on peut transmettre, est une chose sensationnelle. » L’un des chants en question est « Was ist des Deutschen Vaterland ? » (« Qu’est la patrie de l’Allemand ? ») de Ernst Moritz Arndt de l’année 1813 :

Qu’est la patrie de l’Allemand ? La Prusse ou bien la Souabe ? Est-elle au Rhin où vient le vin, Est-elle au Belt, plage sans fin. Oh non, non, non ! |:Pour sa patrie il voit plus grand. :|

(...)

Qu’est la patrie de l’Allemand ? Dis-moi enfin son nom ! Jusqu’où l’on parle l’allemand, Jusqu’où Dieu même entonne un chant, C’est là qu’est ta patrie, c’est là, |:Fier Allemand, tu es chez toi. :|

(...)

C’est la patrie de l’Allemand, Là où la Grande Armée périt, Où les Français sont l’ennemi, Où l’Allemand est un ami ! C’est là, oui là qu’est sa patrie : |:Toute l’All’magne est son pays. :|

(...)

La perception nationaliste, les revendications expansionistes allemandes et les ressentiments contre les Français de ce texte, auquel non seulement la Deutsche Burschenschaft historique, mais aussi l’actuelle se réfèrent, se retrouvent également dans le « Programme stratégique de la Deutsche Burschenschaft ». Dans ce programme discuté entre 2010 et 2013, on a pu lire sous le titre « Qu’est-ce que la patrie allemande ? » quelques réflexions du « Chargé de questions relatives à la notion de peuple » de la Deutsche Burschenschaft. Celui-ci remarque que « la fameuse question du chant de Ernst Moritz énoncée il y a presque 200 ans est aujourd’hui aussi actuelle qu’en son temps ». Il y fustige « la France avec sa notion de patrie étatique donc basée sur l’État, si bien que tous ses citoyens sont ’Français’ sans distinction entre par exemple les Normands, les Allemands, les Bretons, etc., qui ne profitent pas d’une protection de leur peuple minoritaire ». Il remarque plutôt le contraire pour « le peuple allemand » : « En conclusion, l’on peut dire que, du moins en ce qui concerne le peuple allemand, l’utilisation d’une notion de nation étatique simplement basée sur l’État n’est pas possible, car qui pourrait donc affirmer qu’un allemand sudète n’est pas un Allemand, bien qu’il vive peut-être aujourd’hui en République Tchèque ? Ou bien était Allemand jusqu’en 1989 seulement qui vivait dans les zones Ouest de la République Fédérale Allemande ? » Il continue son manifeste : « Pour un Allemand du milieu en Europe centrale parlant l’allemand comme langue maternelle, rien de plus ’naturel’ qu’il soit allemand ». Et conclut :

« Les Allemands belges à Eupen-Malmedy, les Alsaciens, les Allemands du Tirol du Sud et du Val Canale, les Allemands slovènes de Gottscheer et d’Untersteirer, les Allemands souabes du Danube en Croatie, Serbie et Hongrie, les Souabes banates en Roumanie, les Allemands du Bergland et les Siebenbürger, etc., les Allemands des Carpates en Slovaquie, les Allemands sudètes en République tchèque, les Allemands en Silésie, ceux de Poznań, ceux de Prusse Occidentale et Orientale, les Allemands baltes et les Allemands dans le Nord du Schleswig danois font partie intégrale du peuple allemand dans son ensemble. »

« L’Allemagne » est donc considérée comme un espace à coloniser pour tous les « Allemands » compris dans la notion de peuple. L’Alsace est considérée ici comme une partie de la « Grande Allemagne ». Le fait que la Deutsche Burschenschaft veule réaliser son congrès de l’année 2019 en Alsace est l’expression physique de ces revendications révisionistes.

Pas de « Grande Allemagne » pour les corpos nazis !

Autonome Antifa Freiburg

Toutes les versions de cet article : [Deutsch] [français]